...........

LES SENTIERS DE LA MEMOIRE

HISTOIRE D'HAVERNAS

L'école d'Havernas au 19ème siècle

havernas.gif (43386 octets)

1. Les temps obscurs de l'école

     Les archives ne permettent guère de connaître la situation de l’école à Havernas avant 1820. Les seuls renseignements connus nous viennent des registres paroissiaux par l’indication des métiers dans les actes.

    On connaît ainsi les deux premiers "maître d’école" d’Havernas :

- DEMETZ Firmin, "magister" et greffier, mort en 1754.

- PETIT Jean-François, clerc laïc, "maître d’école" et chantre, né à Wargnies vers 1756. Il fut "maître d’école" à Havernas à la fin du 18° siècle et encore cité en 1819.

Aucune mise en place généralisée de l’école n’a encore été tentée et le réseau informel des écoles de village de l’ancien régime ne sera pas amélioré par la révolution.

Le célèbre tableau
d’ Adriaen Van Ostade
( 1610-1684 )
"Le maître d’école"
nous donne une idée de ce que pouvait être l’école d’un village sous l’ancien régime.

 

ostade.jpg (98862 octets)

>>>> Voir d'autres tableaux
 

2. L’ instruction primaire à la charge des communes :
    un chemin difficile vers l’école pour tous

Après la révolution, les différents régimes vont s’intéresser à l’école avec des motivations certes différentes mais qui conduiront lentement aux lois Jules Ferry de la fin de siècle. Un grand maître de l’Université ( Portalis ) décrit une situation alarmante en 1806 :

"Les enfants sont livrés à l’oisiveté la plus dangereuse, au vagabondage le plus alarmant. Ils sont sans idée de la Divinité, sans notion du juste et de l’injuste. De là, des moeurs farouches et barbares ; de là, un peuple féroce ! Si l’on compare ce qu’est l’instruction à ce qu’elle devrait être, on ne peut s’empêcher de gémir sur le sort qui menace les générations futures.... Ainsi, toute la France appelle la religion au secours de la morale et de la société..." ( cité par Fabienne Reboul-Scherrer, "La vie quotidienne des premiers instituteurs", Hachette, 1989 ) .

L’instruction primaire reste à la charge et au bon vouloir des communes qui sont responsables du recrutement de l’instituteur, de son traitement et du local qui sert d’école. Lentement, l’état va réglementer l’instruction ; la loi Guizot de 1833 amènera notamment chaque commune à se doter d’une école. ( voir chapitre 4 )

En 1822, le Sous-Préfet de Doullens écrit aux maires pour leur rappeler les règlements relatifs à l’instruction primaire . C’est probablement à la suite de cette lettre que Jean François Petit, maître d’école, est remplacé à Havernas par Frédéric Bouchez . La commune n’a pas encore d’école et l’instituteur fait la classe dans sa maison.

La commune assure le traitement de l’instituteur qui est fixé à 300 F en 1830 . La loi Guizot fixant le traitement annuel minimum à 200 F en 1833, la commune s'aligne sur cette somme. En 1860, le traitement passe à 600 F, puis 700 F en 1864, 800 F en 1872,1000 F en 1877, 1100 F en 1878 et 1200 F en 1879 jusqu'à la retraite de Frédéric Edouard Bouchez en 1881. Octave Toulet, plus jeune, le remplace pour un traitement de 900F

L’école n’est pas gratuite et le traitement est assuré en partie par la rétribution scolaire mensuelle versée par les familles. Certains enfants de familles indigentes sont acceptés en tant qu’élèves gratuits ( 7 familles sur 33 à Havernas en 1842 ).

En 1842, le conseil municipal fixe la rétribution scolaire de la manière suivante :

> La 1° classe ( instruction morale et religieuse, lecture, calcul, système légal des poids et mesures, histoire, géographie ) est fixée à 80 centimes.
> La 2° classe ( lecture, histoire de France, vie de Jésus-Christ, civilité ) est fixée à 60 centimes.
> La 3° classe ( lecture courante, épellation, syllabaire ) est fixée à 40 centimes
> La 4° classe ( alphabet ) est fixée à 30 centimes.

On compte 80 élèves en âge scolaire : 70 vont à l’école en hiver et 20 en été.

La rétribution scolaire ne suffisant pas pour assurer le traitement de l’instituteur, le complément provient d’une imposition supplémentaire par centimes additionnels et d’une subvention du département .

Notons enfin que les élèves ( payants et gratuits ) versent une contribution pour le chauffage de l’école. .

L’école est donc sous la responsabilité des communes mais sous l’emprise grandissante du Préfet et toujours sous la surveillance de l’Eglise. Le curé avec le Maire et trois personnes désignées forment un comité local chargé de surveiller l’instituteur .

3. Frédéric et Edouard Bouchez : les instituteurs du 19° siècle à Havernas

   Frédéric Bouchez est né en 1798 à Montigny-sur-l’Hallue où son père était cordonnier. Il épouse en 1822, à Havernas, Marie Françoise Froment, fille de Joseph Froment (décédé en 1821) qui fut maire d’Havernas de 1800 à 1808. Le couple s’installe dans la maison des Froment située au fond d’un chemin en impasse donnant sur la rue d’Amiens. Frédéric devient l’instituteur d’Havernas à cette époque ( probablement en 1822 ) et c’est dans cette maison, démolie en 1880, que les enfants d’Havernas vont à l’école.

Au fond, à gauche, de ce chemin en impasse, se trouvait la maison des Bouchez où les enfants d'Havernas allèrent à l'école de 1822 à 1847.

La maison se situait sur la parcelle B359 de l'ancien cadastre ( parcelle B122 de l'actuel cadastre )

bouchez1.jpg (69220 octets)


    En 1841, Frédéric Bouchez démissionne et propose son fils à sa succession. Frédéric Edouard Bouchez ( né en 1822 ) succède à son père à 19 ans au poste d’instituteur d’Havernas. Frédéric Bouchez père se consacre alors à l’agriculture et sera ménager pendant de nombreuses années ; il est élu à plusieurs reprises au conseil municipal entre 1843 et 1860.
 

    Frédéric "Edouard" Bouchez fils enseignera quelques années dans la maison paternelle puis s’installera dans la nouvelle école en 1848. Après 39 ans d’enseignement, il prend sa retraite en 1880 et s’installe dans sa maison nouvellement construite en bas de la rue Verte.

La maison des Bouchez
construite en 1880.

On aperçoit à l'entrée Ligori Bouchez, fils d'Edouard, puis sa femme dans la charrette et enfin dans le fond, leur fille Marthe.

bouchez2.jpg (46282 octets)

    Frédéric le père meurt en 1882 et Frédéric Edouard le fils en 1883. Sa femme, Clarice Cagé habite seule la maison qui restera ensuite inhabitée quelque temps avant que le fils d’Edouard, Ligori Bouchez , né en 1853 ( également instituteur à Hescamps et Fieffes notamment ) ne vienne l’habiter à sa retraite. Ligori Bouchez sera également élu à plusieurs reprises au conseil municipal entre 1919 et 1935.

4. Construction de l'école d'Havernas en 1847

    C’est la loi Guizot du 28 juin 1833 qui est à l’origine de la plupart des bâtiments "mairie-école" qui symbolisèrent longtemps la république dans nos villages. Guizot, ministre de l’instruction publique de Louis-Philippe, cherche à réorganiser l’enseignement primaire. Il pose les fondations de la future école de Jules Ferry : une école dans chaque village et des instituteurs formés dans des écoles normales.

Loi Guizot ( extrait ) :

"L’instruction primaire est privée ou publique.
Toute commune est tenue, soit par elle-même, soit en se réunissant à une ou plusieurs communes voisines, d’entretenir au moins une école primaire élémentaire. L’instruction primaire élémentaire comprend nécessairement l’instruction morale et religieuse, la lecture, l’écriture, les éléments de la langue française et du calcul, le système légal des poids et mesures."

On peut lire le texte intégral de la loi Guizot sur le site 19°.org       Loi Guizot

L’application de cette loi se fera lentement : beaucoup de communes n’ont pas les ressources nécessaires à la construction d’une école. L’administration reculera plusieurs fois l’échéance et en 1843, une ordonnance de Louis-Philippe fixe la date limite au 1° janvier 1850.

A Havernas, il faudra attendre 14 ans après la promulgation de la loi pour que les enfants puissent entrer dans une véritable école.

> Le 24 octobre 1841, le Préfet écrit au Sous-Préfet de Doullens pour qu’il fasse "délibérer le conseil municipal d’Havernas sur la construction d’une école". L’affaire est lancée mais le projet a du mal à démarrer : le 2 juin 1842, une lettre de l’académie au Préfet explique que "le maire ( Jean-Baptiste Thuillier ) paraît bien intentionné mais le conseil municipal ne partage malheureusement pas ses points de vue et ne veut rien faire pour l’école."

> La famille Bouchez a sans aucun doute accéléré les décisions. Frédéric Edouard le fils, nouvellement nommé, écrit en 1842 une lettre au Préfet et indique qu’il fait actuellement la classe dans une chambre de ses parents , une pièce de 5 m sur 4,50 m et 2,60 m de hauteur avec 70 élèves en hiver et dont il aurait bien besoin pour son habitation personnelle. Le père, Frédéric, qui a démissionné en faveur de son fils, entre au conseil municipal le 18 juin 1843 et pèsera probablement sur les décisions.

> Un premier projet est présenté en 1843 rue de l’église, au lieu-dit "la croix". C’est un petit bâtiment sans étage de 7,25 m sur 5,67 m et 5,63 m de hauteur . Il comprend une classe et une petite chambre mais pas de logement car "l’instituteur a un logement personnel dans la commune". Le 10 mai 1843, le conseil municipal délibère sur le projet dont le devis se monte à 1396 F et demande une aide de l’état ou du département pour le financer . Le bâtiment proposé ne satisfait pas les exigences de la loi comme le rappelle le Sous-Préfet dans une lettre du 2 août 1843 et l’inspecteur d’académie le refuse le 15 octobre 1844.

ecole43.jpg (32621 octets)
Premier projet de 1843

> En 1844, le conseil s’occupe également du futur mobilier scolaire, présente un devis et obtient du Sous-Préfet l’autorisation de vendre 8 arbres pour financer en partie l’achat des tables et des bancs.

> L’année 1846 sera décisive : un nouveau projet est présenté et amélioré après quelques allers-retours administratifs  entre la sous-préfecture et la mairie. Ce projet, plus complet, se fera à l’aide de dons des habitants en matériaux ou en main d’oeuvre. Le maire Joseph Augustin Thuillier donne les bois de charpente et Edouard de Brandt "offrira, s’il en est besoin, un mètre de plus en longueur au bâtiment". Le 22 mai 1846, une pétition de la plupart des habitants réclame l’acceptation du dossier.

> L’année 1847 verra donc la construction de l’école. Le 30 mars, le Préfet autorise la construction qui est presque terminée le 9 novembre où un état des travaux précise qu’il reste à faire les latrines, les plafonds, les gouttières et les volets. Le 6 décembre, le maire écrit au Sous-Préfet pour demander un secours... "vu le zèle que les habitants ont mis à faire pour plus de 500 F de travaux gratuits tels que terrassement, voiturage de matières de toutes sortes,... vu les dons tels que toutes les briques ( de Brandt) et bois de charpente ( Thuillier ) faits par deux propriétaires". Le secours se fera attendre et le 19 mars 1849 une dernière exigence de l’administration demande "qu’une cloison d’un mètre sépare les filles et les garçons et qu’une croisée ( fenêtre ) soit placée en face des lieux d’aisance pour les surveiller.."

Le bâtiment ainsi terminé se compose d’une salle de classe, d’un salle de délibération pour le conseil municipal, d’un cabinet d’archives et du logement de l’instituteur.

ecolextr.jpg (55329 octets)

Le 10 juin 1850 est présenté un état des dépenses qui se montent à 2756,85 F financé de la manière suivante :
- imposition : 1500 F
- secours 1844 : 100 F
- secours 1849 : 400 F touché
- secours promis du ministère : 600 F
- déficit 156,85 F pour lequel est demandée une autorisation d’imposition au Sous-Préfet.

Des travaux supplémentaires pour un montant de 2150 francs viendront compléter le bâtiment en 1893 : on refait les plafonds dans trois pièces du logement, on ajoute une citerne et un petit bâtiment très simple contenant un préau, un bûcher, un poulailler et de nouvelles latrines.

L’école construite en 1847 accueillera les enfants d’Havernas pendant 134 ans jusqu’en 1981 et le bâtiment sera réhabilité en 1993 pour donner la mairie actuelle.

5.Propager l'instruction primaire

   L’école enfin construite ne résout pas tout de suite les problèmes de l’instruction primaire. Guizot n’a pas rendu l’école obligatoire et la fréquentation scolaire laisse à désirer au moment des travaux des champs ; d’autant plus qu’il faut toujours payer une rétribution pour avoir accès à l’instruction. Au recensement de 1872, 34% des habitants d’Havernas ne savent ni lire, ni écrire et 10% savent lire seulement.

Il s’agit donc maintenant de "répandre largement l’instruction au sein de la population " et quelques décisions viendront renforcer la diffusion des connaissances :

- 1866 : création de cours d’adulte du soir
Payants et peu suivis, il faudra les rendre gratuits ; ils sont assurés par l’instituteur qui reçoit une indemnité de 45 francs .

- 1867 : création d’une caisse des écoles
"...considérant que la caisse des écoles a pour but de propager plus efficacement l’instruction primaire en encourageant et facilitant la fréquentation des écoles par des récompenses aux élèves assidus et par des secours aux élèves indigents et peu aisés.... une caisse des écoles sera instituée dans la commune d’Havernas...( conseil municipal du 9 septembre 1867 )

- 1868 : création d’un cours de travaux à l’aiguille
Il est assuré par la femme de l’instituteur, Clarice Bouchez, née Cagé qui reçoit une rétribution de 80 francs. Les cours ont lieu le mardi et vendredi à 3 heures de l’après-midi. Les leçons comprennent tout ce qui a rapport à la confection et à la marque des vêtements et du linge.

- 1872 : création d’une bibliothèque scolaire
"...considérant que dans un pays comme la France où le gouvernement repose sur le suffrage universel, c’est faire acte de patriotisme et de sagesse que de répandre largement au sein de la population l’instruction primaire, morale et religieuse.
Que les bibliothèques publiques sont l’un des moyens les plus efficaces d’obtenir ce résultat éminemment utile à la société.
Qu’en effet la bibliothèque scolaire permet de procurer à l’enfant les livres classiques nécessaires à la première instruction.
Qu’avec la bibliothèque communale, l’adulte peut développer les connaissances qu’il a puisées à l’école primaire et les familles jouir des nombreux avantages qui résultent naturellement de la lecture des bons livres...
...Il est établi à Havernas une bibliothèque scolaire et une bibliothèque communale.
( conseil municipal du 30 novembre 1872 )

Cette délibération du conseil montre encore un mélange de républicanisme et de morale religieuse mais après 50 ans d’efforts pour l’école, les esprits semblent prêts pour accueillir Jules Ferry...


NB : Le numéro 7 de la version papier " Mémoire d'Havernas" reprend ce texte et comprend des reproductions de documents d'archives. Il sera consultable à la mairie d'Havernas et aux archives départementales



 


 

ACCUEIL

HAVERNAS

ANNUAIRE  SITES

CONTACT