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L'école d'Havernas au 19ème siècle
1. Les temps obscurs de l'école Les archives ne permettent guère de connaître la situation de lécole à Havernas avant 1820. Les seuls renseignements connus nous viennent des registres paroissiaux par lindication des métiers dans les actes. On connaît ainsi les deux premiers "maître décole" dHavernas : - DEMETZ Firmin, "magister" et greffier, mort en 1754. - PETIT Jean-François, clerc laïc, "maître décole" et chantre, né à Wargnies vers 1756. Il fut "maître décole" à Havernas à la fin du 18° siècle et encore cité en 1819. Aucune mise en place généralisée de lécole na encore été tentée et le réseau informel des écoles de village de lancien régime ne sera pas amélioré par la révolution.
2. L’ instruction primaire à la charge des
communes : Après la révolution, les différents régimes vont sintéresser à lécole avec des motivations certes différentes mais qui conduiront lentement aux lois Jules Ferry de la fin de siècle. Un grand maître de lUniversité ( Portalis ) décrit une situation alarmante en 1806 : "Les enfants sont livrés à loisiveté la plus dangereuse, au vagabondage le plus alarmant. Ils sont sans idée de la Divinité, sans notion du juste et de linjuste. De là, des moeurs farouches et barbares ; de là, un peuple féroce ! Si lon compare ce quest linstruction à ce quelle devrait être, on ne peut sempêcher de gémir sur le sort qui menace les générations futures.... Ainsi, toute la France appelle la religion au secours de la morale et de la société..." ( cité par Fabienne Reboul-Scherrer, "La vie quotidienne des premiers instituteurs", Hachette, 1989 ) . Linstruction primaire reste à la charge et au bon vouloir des communes qui sont responsables du recrutement de linstituteur, de son traitement et du local qui sert décole. Lentement, létat va réglementer linstruction ; la loi Guizot de 1833 amènera notamment chaque commune à se doter dune école. ( voir chapitre 4 ) En 1822, le Sous-Préfet de Doullens écrit aux maires pour leur rappeler les règlements relatifs à linstruction primaire . Cest probablement à la suite de cette lettre que Jean François Petit, maître décole, est remplacé à Havernas par Frédéric Bouchez . La commune na pas encore décole et linstituteur fait la classe dans sa maison. La commune assure le traitement de linstituteur qui est fixé à 300 F en 1830 . La loi Guizot fixant le traitement annuel minimum à 200 F en 1833, la commune s'aligne sur cette somme. En 1860, le traitement passe à 600 F, puis 700 F en 1864, 800 F en 1872,1000 F en 1877, 1100 F en 1878 et 1200 F en 1879 jusqu'à la retraite de Frédéric Edouard Bouchez en 1881. Octave Toulet, plus jeune, le remplace pour un traitement de 900F Lécole nest pas gratuite et le traitement est assuré en partie par la rétribution scolaire mensuelle versée par les familles. Certains enfants de familles indigentes sont acceptés en tant quélèves gratuits ( 7 familles sur 33 à Havernas en 1842 ). En 1842, le conseil municipal fixe la rétribution scolaire de la manière suivante : > La 1° classe ( instruction morale et religieuse, lecture, calcul,
système légal des poids et mesures, histoire, géographie ) est fixée à 80 centimes. On compte 80 élèves en âge scolaire : 70 vont à lécole en hiver et 20 en été. La rétribution scolaire ne suffisant pas pour assurer le traitement de linstituteur, le complément provient dune imposition supplémentaire par centimes additionnels et dune subvention du département . Notons enfin que les élèves ( payants et gratuits ) versent une contribution pour le chauffage de lécole. . Lécole est donc sous la responsabilité des communes mais sous lemprise grandissante du Préfet et toujours sous la surveillance de lEglise. Le curé avec le Maire et trois personnes désignées forment un comité local chargé de surveiller linstituteur . 3. Frédéric et Edouard Bouchez : les instituteurs du 19° siècle à Havernas Frédéric Bouchez est né en 1798 à Montigny-sur-lHallue où son père était cordonnier. Il épouse en 1822, à Havernas, Marie Françoise Froment, fille de Joseph Froment (décédé en 1821) qui fut maire dHavernas de 1800 à 1808. Le couple sinstalle dans la maison des Froment située au fond dun chemin en impasse donnant sur la rue dAmiens. Frédéric devient linstituteur dHavernas à cette époque ( probablement en 1822 ) et cest dans cette maison, démolie en 1880, que les enfants dHavernas vont à lécole.
Frédéric "Edouard" Bouchez fils enseignera quelques années dans la maison paternelle puis sinstallera dans la nouvelle école en 1848. Après 39 ans denseignement, il prend sa retraite en 1880 et sinstalle dans sa maison nouvellement construite en bas de la rue Verte.
Frédéric le père meurt en 1882 et Frédéric Edouard le fils en 1883. Sa femme, Clarice Cagé habite seule la maison qui restera ensuite inhabitée quelque temps avant que le fils dEdouard, Ligori Bouchez , né en 1853 ( également instituteur à Hescamps et Fieffes notamment ) ne vienne lhabiter à sa retraite. Ligori Bouchez sera également élu à plusieurs reprises au conseil municipal entre 1919 et 1935. 4. Construction de l'école d'Havernas en 1847 Cest la loi Guizot du 28 juin 1833 qui est à lorigine de la plupart des bâtiments "mairie-école" qui symbolisèrent longtemps la république dans nos villages. Guizot, ministre de linstruction publique de Louis-Philippe, cherche à réorganiser lenseignement primaire. Il pose les fondations de la future école de Jules Ferry : une école dans chaque village et des instituteurs formés dans des écoles normales.
On peut lire le texte intégral de la loi Guizot sur le
site 19°.org
Lapplication de cette loi se fera lentement : beaucoup de communes nont pas les ressources nécessaires à la construction dune école. Ladministration reculera plusieurs fois léchéance et en 1843, une ordonnance de Louis-Philippe fixe la date limite au 1° janvier 1850. A Havernas, il faudra attendre 14 ans après la promulgation de la loi pour que les enfants puissent entrer dans une véritable école. > Le 24 octobre 1841, le Préfet écrit au Sous-Préfet de Doullens pour quil fasse "délibérer le conseil municipal dHavernas sur la construction dune école". Laffaire est lancée mais le projet a du mal à démarrer : le 2 juin 1842, une lettre de lacadémie au Préfet explique que "le maire ( Jean-Baptiste Thuillier ) paraît bien intentionné mais le conseil municipal ne partage malheureusement pas ses points de vue et ne veut rien faire pour lécole." > La famille Bouchez a sans aucun doute accéléré les décisions. Frédéric Edouard le fils, nouvellement nommé, écrit en 1842 une lettre au Préfet et indique quil fait actuellement la classe dans une chambre de ses parents , une pièce de 5 m sur 4,50 m et 2,60 m de hauteur avec 70 élèves en hiver et dont il aurait bien besoin pour son habitation personnelle. Le père, Frédéric, qui a démissionné en faveur de son fils, entre au conseil municipal le 18 juin 1843 et pèsera probablement sur les décisions. > Un premier projet est présenté en 1843 rue de léglise, au lieu-dit "la croix". Cest un petit bâtiment sans étage de 7,25 m sur 5,67 m et 5,63 m de hauteur . Il comprend une classe et une petite chambre mais pas de logement car "linstituteur a un logement personnel dans la commune". Le 10 mai 1843, le conseil municipal délibère sur le projet dont le devis se monte à 1396 F et demande une aide de létat ou du département pour le financer . Le bâtiment proposé ne satisfait pas les exigences de la loi comme le rappelle le Sous-Préfet dans une lettre du 2 août 1843 et linspecteur dacadémie le refuse le 15 octobre 1844.
> En 1844, le conseil soccupe également du futur mobilier scolaire, présente un devis et obtient du Sous-Préfet lautorisation de vendre 8 arbres pour financer en partie lachat des tables et des bancs. > Lannée 1846 sera décisive : un nouveau projet est présenté et amélioré après quelques allers-retours administratifs entre la sous-préfecture et la mairie. Ce projet, plus complet, se fera à laide de dons des habitants en matériaux ou en main doeuvre. Le maire Joseph Augustin Thuillier donne les bois de charpente et Edouard de Brandt "offrira, sil en est besoin, un mètre de plus en longueur au bâtiment". Le 22 mai 1846, une pétition de la plupart des habitants réclame lacceptation du dossier. > Lannée 1847 verra donc la construction de lécole. Le 30 mars, le Préfet autorise la construction qui est presque terminée le 9 novembre où un état des travaux précise quil reste à faire les latrines, les plafonds, les gouttières et les volets. Le 6 décembre, le maire écrit au Sous-Préfet pour demander un secours... "vu le zèle que les habitants ont mis à faire pour plus de 500 F de travaux gratuits tels que terrassement, voiturage de matières de toutes sortes,... vu les dons tels que toutes les briques ( de Brandt) et bois de charpente ( Thuillier ) faits par deux propriétaires". Le secours se fera attendre et le 19 mars 1849 une dernière exigence de ladministration demande "quune cloison dun mètre sépare les filles et les garçons et quune croisée ( fenêtre ) soit placée en face des lieux daisance pour les surveiller.." Le bâtiment ainsi terminé se compose dune salle de classe, dun salle de délibération pour le conseil municipal, dun cabinet darchives et du logement de linstituteur.
Le 10 juin 1850 est présenté un état des dépenses qui se montent à 2756,85 F financé de la manière suivante : Des travaux supplémentaires pour un montant de 2150 francs viendront compléter le bâtiment en 1893 : on refait les plafonds dans trois pièces du logement, on ajoute une citerne et un petit bâtiment très simple contenant un préau, un bûcher, un poulailler et de nouvelles latrines. Lécole construite en 1847 accueillera les enfants dHavernas pendant 134 ans jusquen 1981 et le bâtiment sera réhabilité en 1993 pour donner la mairie actuelle. 5.Propager l'instruction primaire Lécole enfin construite ne résout pas tout de suite les problèmes de linstruction primaire. Guizot na pas rendu lécole obligatoire et la fréquentation scolaire laisse à désirer au moment des travaux des champs ; dautant plus quil faut toujours payer une rétribution pour avoir accès à linstruction. Au recensement de 1872, 34% des habitants dHavernas ne savent ni lire, ni écrire et 10% savent lire seulement. Il sagit donc maintenant de "répandre largement linstruction au sein de la population " et quelques décisions viendront renforcer la diffusion des connaissances : - 1866 : création de cours dadulte
du soir - 1867 : création dune caisse des
écoles - 1868 : création dun cours de
travaux à laiguille - 1872 : création dune
bibliothèque scolaire Cette délibération du conseil montre encore un mélange de républicanisme et de morale religieuse mais après 50 ans defforts pour lécole, les esprits semblent prêts pour accueillir Jules Ferry...
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